On ne meurt pas comme ça, de Charlotte Fouilleron
Dans le cadre de Mars Bleu, nous vous proposons de découvrir On ne meurt pas comme ça, un témoignage poignant, empreint de lucidité, d’émotion… et d’une pointe d’humour.
« Je suis engluée dans la peur. Elle m’accapare tout entière, tout le temps, le jour comme la nuit, depuis qu’on m’a trouvé une boule dans le côlon il y a dix jours : 15 centimètres, la boule, quand même. Tellement énorme que je la rétrécis de ma propre autorité quand on me demande quelle taille elle fait. J’avoue huit ou neuf centimètres, pas plus de dix en tout cas. Au-delà, ma boule fout trop les boules. » Dès les premières pages, le ton est donné. Une « boule dans le côlon », vient faire basculer sa vie.
Une réalité d’autant plus brutale que « Mon côlon, je ne m’en suis jamais souciée, je ne sais même pas vraiment où il se situe. Pourtant, mon père a eu des polypes il y a quelques années. Mais je ne me suis jamais senti menacée. Les antécédents familiaux, c’est la première question à laquelle s’intéressent les médecins qui découvrent ma boule.« », Ce n’est pas anodin : certaines formes de cancer colorectal peuvent être liées à des antécédents familiaux, rendant la vigilance et le dépistage d’autant plus essentiels même avant 50 ans.
Puis tombe l’annonce, sèche, presque irréelle : « … on va vous opérer et puis vous taper sur la tête avec de la chimio. Quand il prononce ces mots, je ne peux pas m’empêcher de me représenter un marteau qui tombe à coups répétés sur mon crâne en m’enfonçant dans le sol. Une vraie scène de cartoon ! Puis je regarde ma mère qui me prend la main avec un sourire si brave. Je pense aussi à ma petite cousine morte d’un cancer des ovaires à l’âge de 15 ans. Ce qui me fait pleurer, pour changer. Je ne veux pas souffrir et je ne veux pas mourir. Comme s’il lisait dans mes pensées, le Pr B… poursuit : « Vous savez, vous allez vous en sortir sans séquelles. » Mon radar à pipeau n’a pas sonné. Aucun bip, pas la moindre vibration. Puisqu’il a l’air sincère, je décide de le croire. Dès qu’ils sortent de sa bouche, j’attrape les mots au vol et je les garde précieusement dans un coin de ma tête. Je ne le sais pas encore, mais je vais m’y accrocher comme un naufragé à sa bouée de sauvetage »
Son parcours rappelle aussi que: « À l’origine, ma tumeur était un polype qui, faute d’avoir été repéré, a viré. La menace couvait en silence depuis longtemps. Mon corps a lentement fabriqué la maladie sans que je m’aperçoive de rien. Je n’avais d’ailleurs pas de raison de le faire puisque je n’ai développé aucun symptôme. Même quand le cancer s’est déclaré, il n’y a pas eu de signal d’alerte». La menace couvait en silence depuis longtemps sans symptôme perceptibles.
« Le soir, je dîne seule avec ma mère. J’ai l’estomac serré, je ne peux rien avaler. Les larmes se mettent à rouler sur mon œuf à la coque. Ma mère s’en aperçoit et veut savoir pourquoi je pleure. « Parce que j’ai peur. » C’est tout ce que je peux dire. « Tu as peur de quoi exactement ? »… Je lui réponds donc que j’ai peur de mourir. « Mais on ne meurt pas comme ça ! » À son ton, je comprends qu’elle ne bluffe pas. Elle y croit sincèrement, elle n’use pas d’une formule pour me consoler. Sa voix ne tremble pas. Je la regarde et je ne lis pas d’angoisse sur son visage…..Je vais m’en sortir sans séquelles »
Que vous soyez directement concerné, proche aidant ou simplement curieux, ce récit vous emmène au cœur d’un parcours où l’on vacille, où l’on doute… mais où l’on continue, malgré tout, à vivre.